Le trouble du comportement alimentaire… Et si on en faisait un allié ?

Le trouble du comportement alimentaire… Et si on en faisait un allié ?

Dans ma pratique, j’accompagne au quotidien adultes et adolescents dans leur souffrance liée aux troubles du comportement alimentaire.
Ils veulent « s’en sortir », ils veulent ne plus jamais avoir à penser à leur poids, ils veulent être libérés. Telle est leur demande, vaincre la compulsion, combattre le besoin de tout contrôler. Et pourtant, l’enjeu se situe-t-il bien là ?

Le trouble du comportement alimentaire est la conséquence, non la cause…

Et si la solution était dans le problème ? Regarder le trouble pour ce qu’il est, une manifestation d’un besoin qui n’arrive pas à être satisfait, le symbole d’une faim d’autre chose que de nourriture, voire le meilleur moyen que la personne ait trouvé pour se protéger et exprimer ses manques?

Les troubles du comportement alimentaire peuvent survenir à tout âge, dans l’enfance, à l’adolescence et à l’âge adulte. Boulimie, anorexie mentale, hyperphagie, orthorexie …, sont autant de mots qui reflètent la réalité de celles et ceux qui en souffrent. Plusieurs facteurs sont susceptibles de déclencher ces troubles. Ils peuvent être sociaux : campagnes publicitaires de « femmes objet », croyances collectives sur le « bon » ou le « mauvais » développement d’une jeune fille ou d’un jeune garçon, perte des repères collectifs au profit d’une individualité qui isole. Ils peuvent être personnels : perte d’un proche, de son travail, changement important. Il s’agit donc souvent d’événements et de sollicitations externes qui font ressortir une vulnérabilité ou un terrain fragile.

La personne qui en souffre ou qui souhaite aider un proche imagine qu’il faut se débarrasser du trouble : Arrêter de manger, recommencer à s’alimenter, stopper les actions de contrôle du poids et de l’apparence. A tort.

Peut-être n’est-il pas nécessaire de faire tout cela. Peut-être qu’il est au contraire nécessaire de donner du sens à l’apparition du trouble du comportement pour en faire une conséquence plutôt qu’une cause. L’action thérapeutique prendra alors une toute autre dimension.

Quel sens donner au trouble du comportement alimentaire ?

L’apparition d’un trouble du comportement alimentaire répond à une angoisse que la personne est en incapacité de contenir. Bien souvent, elle réactive un ou plusieurs des enjeux du développement qui n’ont pu être achevés ou qui ont été malmenés : sécurité, attachement, construction de l’estime de soi, individuation, séparation…

La nourriture renvoie à la fonction nourricière qui consiste à donner et à recevoir mais aussi au fait de se percevoir comme désirant pour quelque chose. Manger ne signifie donc pas seulement s’alimenter, cela implique également de rentrer en contact.

Dans la petite enfance, être nourri correspond à l’une des premières expériences relationnelles. Partant de là, il est aisé de concevoir que la nourriture et la relation à l’autre qu’elle implique peut devenir source de cristallisation des angoisses. La confiance ou non qu’il y a eu dans l’environnement proche, la fiabilité du soutien affectif et corporel sont autant d’éléments primaires qui ont teinté la fonction nourricière.

Développer des troubles de la conduite alimentaire devient ainsi la meilleure expression de la façon dont la personne se protège et de ce qui lui manque. Se protéger d’un contact toxique en arrêtant de s’alimenter, se méfier de soi en avalant puis en régurgitant de la nourriture sans se l’approprier, se sentir incapable d’atteindre et d’être atteint par l’autre en remplissant le vide insatiable par de la nourriture…

Le trouble alimentaire est une actualisation dans le présent des failles développées dans le passé, de la méfiance développée vis-à-vis de soi et des autres. Il permet d’engager un travail thérapeutique dans l’ici et maintenant de la séance et du contact entre le patient et le praticien.

En pratique… Travailler avec les personnes qui ont des troubles de la conduite alimentaire

La thérapie relationnelle, basée sur la primauté et la qualité du contact avec le praticien, semble tout indiquée pour aider les personnes qui souffrent des troubles de la conduite alimentaire. L’empathie, l’être-là du thérapeute servent de contenant sécure au patient qui a besoin avant tout de pouvoir faire confiance pour se (re)connaître.

Encourager de nouvelles perceptions des sensations de faim, revisiter l’image que le patient a de lui, incorporer à son récit de vie ses succès, explorer ses émotions et les ressentir pleinement, travailler sur ses polarités et ses limites, s’accepter et sortir de la honte… Autant d’axes de travail que le thérapeute propose au patient pour se réhabiliter auprès de lui-même.

Tout le processus thérapeutique vise à atteindre l’individuation. D’abord, permettre au patient de développer et d’élargir son sens de soi, de s’identifier comme une personne à part entière face à un autre. Puis, encourager l’élan pour l’autre, en explorant le désir de contact. Enfin, soutenir la capacité du patient de se nourrir autrement, de prendre à l’extérieur les ressources dont il a besoin sans remettre en cause son autonomie.

Le trouble du comportement alimentaire n’est pas à éradiquer, il peut disparaître ou s’en aller pour revenir à petits pas ou à grand bruit… Le travail thérapeutique de transformation prend en compte ce qui est et fluctue en fonction des avancées du patient. Quoi qu’il en soit, le trouble donne toujours le signal qu’il y a quelque chose à voir et à considérer dans l’ici et maintenant.

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